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On se souvient toujours de l'écrivain.e de ses débuts en lecture.

Celui ou celle qui nous a ouvert grandes les portes des lectures passionnées, enivrantes et addictives !. 

Dans mon panthéon du plaisir de lire, Stefan Zweig (1881 -1942) fut mon mentor, mon maître à lire et à penser. Ma belle monomanie pendant quelques années. 

Oeuvre de S.Zweig en livres de poche

Zweig – Nouvelles – Livres de Poche

Hier encore, j’avais 20 ans,

je parcourais les livres de Stefan  Zweig avec une avidité et une curiosité sans cesse renouvelée…

“Elle recommença également à lire (…). et son âme tourmentée s’abîmait dans cette souffrance étrangère (que l’on trouve dans les livres merveilleux d’où se dégage une tristesse) pour perdre et pour oublier la sienne propre, mais parfois elle était prise d’un effroi mêlé de fierté, car ses yeux rencontraient des mots qui se rapportaient également à sa vie personnelle et dont elle comprenait le sens profond.”    in L’amour d’Erika Ewald

 

Mon parcours a commencé avec une première nouvelle découverte : “Le joueur d’échecs ”. (en fait, l’une de ses dernières nouvelles, écrite lors de ses années d’exil, avant sa mort, le 22 février 1941) :

J'étais possédé, et je ne pouvais m’en défendre ; du matin au soir, je ne voyais que pion, tours, rois et fous, je n’avais que a, b et c, que mat et roque. Tout mon être, toute ma sensibilité se concentraient sur les cases d’un échiquier imaginaire.

Déjà un choc, une formidable révélation !

Le style, la charge émotionnelle,  le profil psychologique ciselé des personnages … sont  captivants ! 

Puis d’autres nouvelles de l’écrivain germanophone sont venues compléter mes lectures. Chacune avec son lot d’inspirations et de sensations d’âmes troublées, perdues, éperdues, envoûtées…

Parmi mes préférées :   “L’amour d’Erika Ewald” (1904), “Destruction d’un coeur” (1927), et son seul  roman achevé : “La pitié dangereuse.” (1939)

Pour mémo : Zweig écrivait principalement des nouvelles avec une adresse particulière. Il qualifiait ce genre littéraire tout à fait  adapté à son mode d’écriture. Il disait volontiers de ses textes qu’ils étaient « trop longs pour un article et trop courts pour un roman. »

Si vous aimez les textes condensés, la nouvelle est faite pour vous, ainsi qu’une grande partie de l’oeuvre de Stefan Zweig !

A propos d'échecs, avez vous suivi les épisodes de l’héroïne Beth Harmon dans la mini-série diffusée sur Netflix : “Le jeu de la Dame” (the Queen’s gambit) ? Une obsession à la fois intéressante et effrayante. On en reparlera !

On dit qu’il plaît aux femmes de lire Zweig.

“Elle sentait seulement qu’elle était en proie à l’inquiétude, à la confusion, à une tension continuelle qui ne voulait pas se dissiper et la plongeait dans un état d’irritation extrême et dans une humeur noire.” In L’amour d’Erika Ewald.

Sans doute Zweig comprend-il mieux que quiconque les femmes.

Ses propres tourments et ses inquiétudes personnelles exacerbaient la sensibilité du créateur romancier. 

Pour ma part, j’ai ressenti une acuité émotionnelle intelligente chez l’homme de lettres. Elle lui permettait de saisir sur le vif de l’écriture les soifs d’absolu de certains personnages, notamment féminins !

Tout est sentiment chez Zweig : de l’intuition à la passion, de la sagesse à la pitié, de la sensualité au rejet, il traite avec subtilité les animations de l’âme en proie aux émotions les plus intenses et les plus cruelles. 

Elle se sentit envahie par une douce résignation, cette quiétude qui est la noblesse de ceux qui ont touché le fond de la souffrance. L’amour d’Erika Ewald.

Amok : Recueil de nouvelles de Zweig

“Il était tard, nous partîmes. A la porte du restaurant, tu voulus savoir si j’étais pressée ou si j’avais le temps. Comment aurais-je pu te cacher que j’étais à ta disposition ?” Lettre d’une inconnue.

Les écrits de Zweig

L’avantage avec Zweig, c’est qu’il a beaucoup produit, beaucoup écrit.

Notamment, des lettres. Quand on veut découvrir un auteur au-delà de son œuvre, sa correspondance est idéale. 

Pour autant, l’homme reste discret. Zweig ne s’épanche pas intimement. 

« (…) j’ai eu le cœur lourd à la pensée que personne – à part moi – ne te connait vraiment, et qu’on écrira un jour sur toi les choses les plus stupides et les plus creuses. Il faut reconnaître que tu laisses peu de gens t’approcher et que, en ce qui concerne ta propre personne, tu te refermes sur toi. Ton œuvre ne représente qu’un tiers d e toi-même, et personne n’a saisi ce qu’il y a d’essentiel en elle pour expliquer les deux autres tiers.” 

Lettre de Friderike (sa première femme, confidente, amie) à Stephan Zweig, juillet 1930.

Avec une prose musicale, romantique, enrobée d’empathie, il préfère livrer les secrets ou ses décryptages  sur des personnages ayant eu un grand destin pour une partie de l’humanité. 

  • Des biographies : Marie Stuart (1935), Marie Antoinette(1932), Fouché (1929) sont parmi mes préférées. 
  • Des essais : son “3 maîtres »(1921) sur les styles et les tempéraments de géants littéraires :  Balzac, Dostoïevski et Dickens.
  • Des journaux, plusieurs fois abandonnés et repris,  de 1912  jusqu’à sa mort : « Dimanche 10 janvier 1915 : Me suis entièrement replié sur moi-même. Lettres, livres, Dostoïevski, travail, silence!!”.
  • Des souvenirs : Le monde d’hier -souvenirs d’un Européen (publiés en 1944) : le monde selon le regard de Zweig avant 1914.

Zweig n’est pas uniquement un auteur de nouvelles pour dames.  En tant qu’homme, écrivain et Juif, il fut hélas un témoin désolé et désespéré de son époque. 

Son regard sur le monde et sur les esprits est toujours piqué de curiosité, d’ouverture, de volonté de comprendre ce qui peut amener les uns et les autres aux extrêmes, aussi bien sentimentaux, artistiques ou politiques.

Pour mieux connaître l’écrivain et son époque, deux biographies sur Zweig sont passionnantes à lire : l’une par Donald Prater (Editions de la Table Ronde – 1988)  l’autre par  Serge Niemetz (Editions Belfond – 1996) que j’ai préférée. 

Plusieurs éclairages intéressants sont proposés sur l’autrichien qui se suicida en 1942 au Brésil, en exil, avec sa seconde femme Lotte   (en laissant une lettre d’instructions pour leur petit chien épargné), anéanti par ce monde en guerre et par la montée des radicalismes.

“Si j’arrive à oublier l’Europe ici, à tenir pour perdu tout ce que je possède, mes livres, ma maison, à être indifférents à la “gloire” et au succès et à me sentir reconnaissant du seul fait de vivre dans un  paysage divin quand l’Europe est ravagée par la faim et la misère, alors je serai content”.   

Et Zweig n’est pas parvenu à oublier…

« Un homme sans patrie n’a pas d’avenir ». Zweig a très mal vécu son exil pourtant « doré » en Angleterre, à New York puis au Brésil.

Sa vie d’avant lui a tant manqué : livres, amis, liberté, « une table pour écrire. »

“La plante et les dents ne sont pas les seules à ne pouvoir vivre sans racines, les hommes ne valent guère mieux.”

A noter légalement a biographie de Dominique Bona, que je n’ai pas encore lue.

Tout Zweig

Mes lectures de Zweig datent de près d’un quart de siècle ! Pourtant, elles restent  dans mon coeur une référence toujours actuelle. 

Sans être  une « experte » de Zweig,  je revendique ma passion pour cet écrivain dévoué à son art et à ses valeurs.

J’apprécie autant l’homme et ses mystères  que la densité de son oeuvre. « J’ai le regard dur et un coeur tendre. »

Même si d’aucuns ont eu à critiquer sa “fuite” ou son manque d’engagement dans une période aussi  troublée que la seconde guerre mondiale, pour Zweig, le pacifiste,  la question portait surtout sur le « comment » s’engager et non pas sur le devoir de dénoncer. 

L’homme est complexe, son époque l’est davantage.

Homme de nuances, il ne pouvait souffrir le radicalisme. Pour autant, s’engager intelligemment en prenant du recul, au dessus des masses, n’a pas paru très convaincant ni démonstratif aux yeux de ses confrères et compatriotes.

Mon regard a évolué  depuis mes premières lectures.  La vie vous permet d’apprécier ses contours autrement quand on avance dans l’âge.

“Vieillir n’est, au fond, pas autre chose que de n’avoir plus peur de son passé.”  Stefan Zweig.

J’ai un voeu pieu : relire TOUT Zweig !

Pour cet autre regard, presque trois décennies plus tard.

Par contre, cela supposerait de choisir de NE PAS  lire de nouveaux auteurs, de nouvelles histoires. 

Ce serait peut être dommage …

Comme me dit une amie-lectrice : “On n’a déjà pas le temps de tout lire, alors relire… !”

Alors que Dany Laferrière, au contraire, adore relire les textes  « amis » qu’il affectionne.

Affaire de goûts !

 

J’ai eu toutefois le plaisir de découvrir “ 24 h dans la vie d’une femme », (1927) “ dans une adaptation réussie en roman graphique d’Otero aux éditions Glénat -2018

Suite à cette lecture, j’ai eu besoin de reprendre la nouvelle dans son jus (dans son texte original) !

Le charme a de nouveau opéré ! 

Voir interprété  l’un des textes que l’on adore pour l’avoir lu et relu tant de fois est aussi une expérience exaltante : “Lettre d’une inconnue” (1927), avec pour la  gracieuse comédienne Sarah Biasini, sur scène, en avril 2013.

“Il était tard, nous partîmes. A la porte du restaurant, tu voulus savoir si j’étais pressée ou si j’avais le temps. Comment aurais-je pu te cacher que j’étais à ta disposition ?”

Cette nouvelle m’a toujours émue jusqu’aux frissons et aux larmes !

L’intérêt de cette nouvelle n’est pas tant l’histoire d’une jeune fille amoureuse d’un homme indifférent. Non. (c’est assez classique, n’est ce pas ?)

On pourrait presque juger son entêtement ou son attitude insupportable. Pourquoi s’obstiner ? c’est pas d’l’amour, ça !

La clé « magique » et surtout l’art de Zweig réside dans la puissance du système narratif qui monte en pression dramatique le sentiment éperdu de la jeune femme et son dévouement à l’objet de son amour. Malheureuse et heureuse à la fois, son personnage féminin anonyme bouleverse toutes nos cartes intérieures.

 

Sans oublier  le très beau  film de Maria Schrader : « Stefan Zweig, Adieu l’Europe » sorti en 2016, avec Josef Ader pour interpréter le viennois tourmenté. Témoignage – documentaire tout en sensibilité sur Zweig et sa dernière année d’exil.

Il est important de comprendre ce que les femmes et les hommes ont dû traverser pendant ces temps troubles pour fuir une  mort certaine. Le film y parvient avec justesse  et tendresse en évoquant le point de vue de Zweig et celui de son ex-épouse. (une scène très touchante notamment  quand Friderike évoque sa fuite d’Allemagne, ainsi que l’attente agitée sur le port de Marseille en compagnie d’autres familles guettant  le sésame pour embarquer vers la liberté.)

 

Roman graphique de 24 heures de la vie d'une femme

Roman graphique d’Otero d’après la nouvelle de Stefan Zweig : 24 heures de la vie d’une femme aux Editions Glénat.

Josef Ader dans le Film : Zweig, Adieu l'Europe.

Le comédien Josef Ader incarne le célèbre écrivain dans le film « Stefan Zweig, Adieu l’Europe ».

Des textes à découvrir encore

Ai-je tout lu de l’auteur ? Certainement non, et j’en suis ravie ! 

Dernièrement , une nouvelle inédite en français, est sortie de l’une de mes PAL ! : “Un soupçon légitime”

Écrite selon toute vraisemblance pendant l’exil de l’auteur en Angleterre vers 1937 -1939, le récit bien rythmé et au suspens habilement mené, décrit une nouvelle fois l’emballement d’un esprit humain qui le conduira aux extrêmes. 

Cependant, à mon goût, trop d’anthropomorphismes  égrènent cette nouvelle, ce qui a limité selon moi la crédibilité angoissante de la nouvelle.

Zweig me réserve encore des surprises que j’imagine agréables !

« Magellan » (1938) est encore à lire : cet ouvrage est d’ailleurs recommandé pour tout entrepreneur qui veut donner un cap fort à son projet. Intéressant !

J’ai hâte de parcourir enfin l’abondante correspondance entre Zweig et Friderike Maria von Winternitz (1951), publiée par cette dernière : “l’amour inquiet.” Un ouvrage qui trône en bonne place depuis des années dans ma bibliothèque. Il est des livres à savourer au bon moment !

Et puis, j’imagine avec joie et aussi avec beaucoup d’émotions, d’autres récits ou nouvelles  encore à découvrir, des inédits, des textes retrouvés…

Lire un auteur en particulier forme un lien très fort avec celui ci, même si son monde date d’hier.

On l’attend, on le devine , on le reconnaît. Cette familiarité supposée est pour moi une sorte d’attachement qui me rassure et me nourrit. Dans cette intimité que j’invente avec l’auteur au fil des pages, je suis en confiance …

Une histoire peut moins me plaire, cela n’a pas d’importance, je reconnais l’intention, voilà le principal. 

Un auteur de référence, un mentor, c’est un repère important lorsqu’on rebondit dans sa vie.

La lecture de Zweig a toujours été importante dans les étapes de ma vie : il m’ouvert les yeux en apportant des éclairages sur les comportements humains.  Il m’a associée à ses jeux de nuances en tout. Je me reconnais en cela aujourd’hui.

Aujourd’hui,  à l’aube de ma nouvelle partie de vie, et à l’anniversaire de sa mort le 22 février prochain, mon mentor est toujours présent.

 

"Un Soupçon légitime" nouvelle de Zweig.

Dernière nouvelle lue « un soupçon légitime ».

A votre bon plaisir de lire ... Stefan Zweig !

Quel est votre mentor en lecture ?

Votre témoignage en commentaires ! ou par mail 

Rosemary

Rosemary

Rebondir après des coups durs et ouvrir une nouvelle étape de vie à 50 ans ! Il n'y a pas d'âge pour une belle régénération ! BE Bottes ! : mon mantra d'énergie positive pour une seconde partie plus belle que la première !

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