Livre de Kakuzô OKAKURA sur le thé

La pratique du thé dans la maison de thé est un symbole du mode de vie à l'asiatique, alliant harmonie, respect, pureté et sérénité.

Épisode -51 dans ma Romancerie

J’aime lire

C’est un fait. Une habitude, un repère, un réflexe.

Mon bon plaisir.

Je mène parfois ma vie au grand jour grâce à mes lectures.

Mon plaisir de lire est singulier et quelquefois pluriel.

Cela dépend de bien des choses en somme !

 

Les sensations de lecture sont souvent plus fortes, plus intenses que celles de la vraie vie., Peut-être aussi plus constantes. 

Lire m’inspire. 

Lire atténue aussi mes peines et encourage mes élans.

Lire fait partie de ma vie.

 

Pile à l’oeil

Depuis quelques années, sans que je sache pourquoi, ce livre me faisait de l’œil.

Il est des livres comme des parfums, entêtants dans nos esprits.

J’ai une liste de livres à lire un jour ; “Le livre du Thé” d’Okakura Kakuzo figurait en bonne place. 

Nos routes se sont croisées maintes fois, dans tous mes passages en librairie et bien sûr, sur Internet. 

La vraie rencontre eut lieu enfin un jour de Foire du Livre, à la section Asie, à Bron en 2019.

Au lieu de rejoindre une étagère de ma bibliothèque, il atterrit sur une pile de livres, chez moi. 

En haut d’une tour de 7 livres, bien en évidence. 

La pile “spiritualité.”

Dans cette pile pour mon âme agitée, on trouve entre autres les ouvrages d’Eckhart Tolle, “Le pouvoir du moment présent”  et « L’art du calme intérieur » par exemple, ou celui des « 3 amis en quête de sagesse » de Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard.

Oui, je donne des thèmes à mes piles d’ouvrages. Selon mes humeurs et mes envies, mes pas savent me diriger vers celle qui saura me satisfaire par une distraction, un voyage, une aventure, une autre vie.

 

Lecture ressentie

Après quelques mois, je pris enfin le temps de le parcourir. 

J’apprécie  de laisser certains livres  “mûrir” en quelque sorte avant de les lire : pour une lecture plus fluide ou une disposition d’esprit plus accueillante pour des textes moins aisés selon l’idée que je m’en fais, évidemment.

En vérité, c’est la lectrice que je suis qui mûrit, pas le livre… lui ne prend que la poussière !

Mais c’est un autre sujet.

En le lisant, je n’ai pas boudé mon plaisir, alors même que certains passages me sont apparus plutôt obscurs. 

En bref, je n’ai pas tout saisi. 

Est-ce grave ?

Je sais que certains pensent que si on ne comprend pas tout dans un livre, soit le livre est “nul” soit on est nul. 

C’est direct comme jugement. 

Mais j’aime bien les nuances.

Et moins les jugements.

Alors, non,

“Un livre, c’est comme la vie : ce n’est pas utile de tout comprendre, c’est simplement important de bien ressentir.”

Rosemary, @BeBottes 

Parfois, c’est sain et normal de ne pas tout saisir. Pas tout de suite en tout cas.

Ici, dans le Livre du Thé :  époque, culture, philosophie, pratique… Rien ne m’était bien familier.

Et pourtant, plusieurs passages ont été suffisamment éloquents pour capter mon attention.

 

J’avais commencé à ressentir.

 

Lire pour mieux rebondir

Ressources

Quand on est sur le point de rebondir après un coup dur dans sa vie, lorsqu’on relance la machine pour de nouvelles aventures, il est bon, selon moi, de profiter d’un laps de temps pour refaire le plein d’inspirations et de ressources. 

Rebondir après une blessure profonde, réactiver notre locomotive  après des mois de doutes et d’inquiétudes sont des démarches qui nécessitent un accompagnement et un soutien.

La lecture remplit cet office pour moi. 

Pendant toutes ces années où je me débattais dans les épreuves, la lecture fut l’un de mes remparts contre le découragement, l’indignité de certains de mes  ressentis, mon asthénie, mes peurs.

La lecture m’a aidée –  et continue – à me régénérer : courants de pensée, inspirations de projets, méthodes et ressources, exemples d’autres parcours, champs des possibles.

Mon cadre de référence s’élargit et s’assouplit. 

 

Régénération

Le Livre du Thé s’inscrit très bien dans cette étape de pré  re-construction. 

D’autant plus cette année, 2020, période inédite avec la pandémie du Coronavirus, où bien des  repères ont volé en éclats.

 Le Livre du Thé invite à revenir à l’essentiel imparfait

Association de mots magnifique, n’est ce pas ?

Je me rends compte parfois que la lecture d’un manuscrit n’est pas seulement liée à ma seule volonté. 

Je crois  que des opportunités particulières font que j’ai tel ou tel livre dans les mains à cette période-là plutôt qu’une autre. Et qu’il faut y voir une forme de bonne fortune ou de circonstance propice. 

Le livre de Kakuzô OKAKURA  me fait cheminer sur l’idée d’accepter l’imperfection de mon environnement. Tout en accueillant  la mienne (d’imperfection) pour poursuivre ma voie avec le plus de sérénité possible.

Quelle délicatesse que ce rituel du thé !

Le livre du Thé illustré par Be Bottes!

Raffinement, simplicité et subtilité

Une façon de vivre, raffinée, simple et subtile. Voilà le sujet du livre. 

Et ainsi le secret de la paix dans le monde, du moins en soi… ce qui, si cela était le premier  pas de chacun sur cette terre, serait un énorme bénéfice pour l’humanité. 

Le livre n’invite pas à fantasmer. 

Au contraire. Il fait corps avec la réalité, celle que nous ne voulons pas toujours voir, obnubilés par d’autres quêtes matérialistes ou d’égo.

 

Le raffinement : un art de vivre. 

Car lorsque tout est épuré, il ne reste que le nécessaire. 

L’essentiel. 

Un goût minimaliste pour nous porter vers une vérité presque nue. 

Sans artifice ni  filtre.

Et dans ma vie, suis-je assez  “raffinée “?

Non, loin de là.

Je complexifie, j’entasse, j’occupe l’espace … au point de manquer d’air.

Par contre, j’ai constaté avoir  besoin de plus de “raffinement “ pour mieux respirer. et c’est très joli dit ainsi, plutôt que “de quoi faut il que je me débarrasse » ?

Par ailleurs, et c’est un paradoxe, je suis reconnaissante de cet “encombrement “. Je ne le blâme pas. Car j’ai pensé un jour avoir besoin de ça ou de ci et de pouvoir l’acquérir. 

De plus, il est vrai que  je n’ai jamais aimé l’austérité.

 

Même les pensées 

Mais trop, ça déborde !

Trop de choses empilées partout, gardées “au cas où” ou par nostalgie du temps passé étouffent peu à peu.

Alors, quand le besoin d’aérer mon espace se fait sentir, j’inspecte chaque recoin de mon logement et je donne, je jette ou je recycle. 

La démarche n’est pas encore assez précise pour parvenir à un environnement plus simple et concentré. Car désencombrer pour remplir ensuite n’est pas un véritable raffinement de son espace.

Je ne doute pas cependant qu’un prochain déménagement m’incitera à faire un tri plus poussé.

Il ne s’agit cependant pas que des affaires matérielles.

Le raffinement concerne aussi les pensées. 

Par exemple, en  filtrant les types de ressentis qui agissent comme un venin dans nos esprits, comme la rancœur, la jalousie, la frustration, on se décharge de poids inutiles.

 

Un mode de vie simple

Axée  sur l’essentiel, la vie est droite, équilibrée et évolutive. 

Il en va des ustensiles comme du lieu, du décor et de la pratique :  des gestes simples, une posture humble, requérant cependant une certaine dextérité et de la discipline.

La simplicité dans mon mode de vie est une partie difficile  

J’ai tendance à  complexifier et à amplifier bien trop les choses, ce qui me prend du temps et de l’énergie. 

Je manque de constance pour aller au bout de mes entreprises. Je ne vais pas droit au but, je me disperse beaucoup. Je m’égare…

Un sérieux axe de progression…

 

Parfois, la simplicité semble manquer d’ambition.

Alors que l’ambition de faire simple est bien supérieure à d’autres efforts !

 

Un art de vivre subtil

Car cette pratique du thé élève au-dessus des préoccupations matérialistes et de l’égo en nous ouvrant à nous-mêmes et à l’univers.

 

« L’art du thé consiste à dissimuler la beauté qu’on est capable de découvrir et à suggérer celles que l’on n’ose révéler. »

 

Dans ma vie actuelle, c’est en quelque sorte le sujet  que je tente de révéler : nos ressources intérieures que l’on méconnaît et que l’on sous exploite. 

Nos talents condamnés  au profit des normes établies. 

On passe notre temps à vouloir des choses que tout le monde a ou qu’il faut avoir… fait, vu, ou vécu … 

Sans prendre le temps de nous interroger sur ce que nous voulons,  à titre personnel. 

 

Je crois que  c’est ainsi que penser par soi même est devenu une incapacité chronique.

 

Symboles du mode de vie

C’est un très beau texte écrit au début du XXème siècle, parfois abscons pour moi. Même si j’apprécie beaucoup la culture nippone et les sens de l’Orient, je n’en suis pas une experte.

 

OKAKURA Kakuzô, auteur japonais du début du XXème siècle, fils de samouraï, est un érudit fervent d’art qui défend les valeurs séculaires du Japon et de l’Asie. 

La pratique du thé dans la maison de thé est un symbole du mode de vie à l’asiatique, alliant 

Harmonie, respect, pureté et sérénité. 

 

Je me suis exercée à mettre en lien ces principes de vie  avec les miens : 

    • Harmonie :

 J’imagine un accord parfait en recherche permanente comme un jeu d’équilibre dynamique  Un alignement synthétique entre théorie et pratique. 

    • Respect

Pour moi, c’est prendre conscience de ce qui nous entoure, de ce que la nature, le ciel, l’air, la terre, l’eau nous offrent. 

Rendre hommage à ces dons comme autant de chances et de beautés sur lesquelles nous n’avons que peu d’emprise.

    • Pureté

C’est l’absence de politique, de stratégie, ou de vernis. 

C’est une forme d’authenticité de soi, de ce qui nous entoure. Au-delà de la tyrannie d’une beauté parfaite,  accepter le naturel comme pureté.

    • Sérénité: 

Je rêve d’atmosphère détendue, calme, légère, parfumée discrètement, un havre de paix pour l’esprit qui s’épanouit tout en longueur.

Plaisir de lire et du thé

Imperfection dans le Kintsugi

Bien plus qu’un rituel assimilé à une sorte de folklore, il nous est montré, qu’à la différence de l’Occident qui prône sans cesse le résultat, en Asie, c’est surtout le processus qui est valorisé. 

L’humain est imparfait, c’est une vraie nature. Mais tendre vers la perfection est un art très subtil et ardu, une discipline  rigoureuse, plus méritante que la prétention de se croire parfait. 

Cette idée de “parcours” me plaît beaucoup. Elle correspond très bien à l’idée que je me fais du sens à donner à l’existence selon moi : “Le chemin est plus intéressant que l’arrivée.”.

A l’arrivée, on recommence… sur le chemin, on avance.

Empreint de philosophies ancestrales, comme le taoïsme, le rituel du thé est un voyage en chacun de nous. Il vient purifier notre âme et nos pensées.

Cela m’a fait également penser au Kintsugi : l’art de réparer les objets ou ses blessures tout en valorisant ses fêlures ou ses cicatrices.

https://www.youtube.com/watch?v=9gI3CU3lKyk

C’est aussi une forme d’acceptation de son imperfection. 

II est une qualité noble  de sublimer son imperfection, non pas comme un état résultant d’une erreur, mais comme une étape constructrice sur un chemin de vie pavé d’embûches.

C’est une lecture sage et éclairante qui apporte, plus d’un siècle après, une réflexion sur nos modes de vie et nos quêtes entremêlés dans les préoccupations triviales et les tourments du monde. 

Toujours d’actualité.

 

A croire que nous ne buvons pas assez de thé ! 

 

Ce livre peut  aussi nous instruire sur une meilleure façon de savourer ce breuvage ! 

Si je suis une “buveuse de thé” invétérée, j’ai souvent bu sans connaître les véritables vertus d’un bon thé, ni les bonnes dispositions à réunir pour savourer avec bonheur ces infusions.

J’ai dû passer une bonne partie de ma vie comme je buvais le thé : vite pour arriver quelque part, sans profonde gratitude pour les pas parcourus,  encore moins de concentration.

“ je prêchais à l’envi ce que je ne pratiquais jamais.”

 

Alors que cet ouvrage, rédigé en anglais par son auteur japonais et lu en français !, nous convie à une formidable cérémonie de thé où

un bol de thé entre 2 individus peut faire naître la paix dans le monde”

(Sen Soshitsu XV, auteur de la préface et de la postface, absolument passionnantes),

j’ai pris certains passages pour les adapter dans  ma vie intérieure.

Afin d’y apporter le calme et la constance  dont elle a besoin et continuer ainsi  à me régénérer sur mon chemin.

 

3 mots pour mon plaisir de lire.

 

1 Suavité : délicatesse du propos, mystère des sens.

2 Réconfort : lié au calme et au sentiment de plénitude qui émanent de cet ouvrage. et qui allège l’idée que l’on se fait de nos tracas ordinaires.

3 Discipline : car rien de beau ne se fait sans constance.

Tasses de thé et de café en noir et blanc
LE LIVRE DU THÉ De OKAKURA Kakuzô.

Editions  Philippe Picquier / 2017

Traduit de l’anglais par Corinne Atlan et Zéno Bianu.

Ensemble pour le Plaisir de Lire

D'autres livres sur les rituels du thé ?

Merci pour vos conseils, sur le formulaire contact du site !

Contact
Rosemary

Rosemary

Rebondir après un coup dur, reconstruire un bout de sa vie, recommencer une nouvelle partie ... c'est ce qui m'intéresse ! A 50 ans, expériences et échecs au compteur, je vais faire en sorte que ma seconde partie de vie soit bien plus belle que la première ! BE Bottes pour avancer et garder l'équilibre, comme un mantra d'énergie positive!

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.